Vivre avec la maladie rénale : deux parcours, un même défi
Derrière les statistiques sur les maladies rénales au sein des populations autochtones se trouvent des personnes, des familles et des histoires qui témoignent d'une remarquable capacité d'adaptation.
À Kahnawà:ke, les parcours de Nias Bordeau et de Richard Cross illustrent deux réalités bien différentes, mais un même constat : vivre avec une maladie rénale transforme profondément le quotidien, sans pour autant empêcher de continuer à avancer.
Au-delà de la maladie, une leçon de résilience
Les histoires de Nias Bordeau et de Richard Cross démontrent que les maladies rénales prennent des formes très différentes d'une personne à l'autre.
L'un vit avec la dialyse depuis plus d'un quart de siècle. L'autre découvre tardivement qu'il ne possède qu'un seul rein fonctionnel. Pourtant, tous deux partagent une même volonté : continuer à vivre pleinement, demeurer actifs et transmettre leur expérience aux générations futures.
Leurs témoignages rappellent également une réalité fondamentale : derrière chaque diagnostic se trouvent des proches, des aidants et des familles qui jouent un rôle essentiel dans le parcours de soins.
Dans une communauté comme Kahnawà:ke, où les maladies rénales touchent de nombreuses familles, ces histoires contribuent à mettre un visage humain sur une réalité souvent méconnue et à rappeler l'importance de la prévention, du soutien et de l'accompagnement.
Nias Bordeau : 26 ans de dialyse et toujours engagé pour sa communauté

À 51 ans, Angus « Nias » Bordeau travaillait encore comme monteur de structures en acier lorsqu'il a commencé à ressentir des symptômes inhabituels. Son pied était enflé, marcher devenait difficile et son appétit diminuait.
Des analyses sanguines ont rapidement révélé un diagnostic inattendu : ses reins étaient en train de cesser de fonctionner.
« Je ne savais rien de la dialyse », raconte-t-il. Quelques jours plus tard, sa vie basculait complètement.
Au cours des années qui ont suivi, M. Bordeau a connu plusieurs formes de traitement. Il a d'abord reçu sa dialyse en centre hospitalier, puis a effectué plusieurs années de dialyse à domicile avant de retourner en établissement à la suite de complications.
Aujourd'hui, après 26 ans de traitements, il poursuit toujours sa routine de dialyse plusieurs fois par semaine.
« C'est comme aller travailler trois jours par semaine », explique-t-il avec réalisme.
Une greffe qui n'a jamais été possible
Comme plusieurs personnes atteintes d'insuffisance rénale, M. Bordeau espérait éventuellement recevoir une greffe.
Toutefois, en raison de nombreuses interventions chirurgicales subies auparavant et des risques médicaux associés à sa condition, les médecins ont conclu qu'une transplantation n'était pas envisageable dans son cas.
La dialyse est donc devenue sa réalité à long terme.
Le soutien indéfectible de son épouse
Tout au long de ces années, une personne est demeurée à ses côtés : son épouse Betty.
Présente lors des rendez-vous médicaux, des hospitalisations et des périodes plus difficiles, elle est devenue son principal soutien.
Le couple a traversé des moments particulièrement éprouvants. Dans une entrevue accordée au journal The Eastern Door, Betty Bordeau racontait comment, épuisé par les déplacements hivernaux et le poids des traitements, son mari avait même envisagé d'abandonner la dialyse. Ensemble, ils ont réussi à traverser cette période difficile.
Au fil des années, Nias et Betty sont devenus des ressources précieuses pour d'autres patients et leurs proches, partageant leur expérience et offrant une écoute à ceux qui amorcent leur parcours avec la maladie rénale.
Richard Cross : vivre toute une vie avec un seul rein

L'histoire de Richard Cross est différente.
Ce n'est qu'à l'âge adulte qu'il apprend une information étonnante : il ne possède qu'un seul rein fonctionnel.
Lors d'un examen médical réalisé il y a plusieurs décennies, un technicien lui annonce que son deuxième rein est présent, mais qu'il n'est pas fonctionnel.
La nouvelle surprend toute la famille. Ni lui, ni ses frères et sœurs, ni même sa mère n'avaient connaissance de cette condition congénitale.
Pendant des années, cette particularité n'a entraîné aucun problème majeur.
Un rappel récent de l'importance du suivi médical
Au cours des derniers mois, M. Cross a toutefois vécu un épisode préoccupant. Une importante accumulation de liquide a provoqué une forte enflure des jambes et une prise de poids rapide.
Hospitalisé pendant quelques jours, il a reçu un traitement qui a permis d'éliminer l'excès de liquide et de stabiliser son état.
Les examens réalisés par les spécialistes ont cependant apporté une bonne nouvelle : son rein fonctionnel demeure en bonne santé.
Cette expérience lui a néanmoins rappelé l'importance du suivi médical régulier, particulièrement avec l'avancée en âge.
Apprendre à modifier ses habitudes
Comme bien des personnes vivant avec un problème rénal ou cardiovasculaire, Richard Cross a dû apporter plusieurs changements à son mode de vie.
Une alimentation plus stricte, notamment en ce qui concerne le sodium et certains minéraux, fait désormais partie de son quotidien.
Ces ajustements représentent parfois un défi, mais il les considère comme nécessaires pour préserver sa santé.
Plus de 50 ans de partenariat et de soutien
Dans ce parcours également, le rôle de la famille est essentiel.
Richard et sa conjointe Pauleen partagent leur vie depuis plus d'un demi-siècle. Ensemble, ils ont appris à composer avec les défis liés à la santé et à adapter leurs habitudes pour protéger le rein qui lui permet de mener une vie active.
La gestion des rendez-vous médicaux, l'adaptation de l'alimentation et les nouvelles routines de santé sont devenues des responsabilités qu'ils assument ensemble.
Cette complicité constitue l'un des éléments les plus marquants de leur témoignage.