Victor H. Ferreira | Réseau universitaire de santé
Cibler le virus BK grâce à la technologie CRISPR
Résumé grand public
Contexte : La greffe de rein offre aux personnes atteintes d’insuffisance rénale la possibilité de retrouver leur santé et leur autonomie. Cette intervention comporte toutefois un risque de complication grave : l’infection par le polyomavirus BK (VBK). La majorité des gens sont porteurs du VBK dès l'enfance, mais celui-ci reste « endormi » dans leurs reins sans causer de dommages. Après une greffe de rein, le système immunitaire doit être affaibli pour éviter le rejet du greffon, ce qui permet au virus de se « réveiller » et de s’attaquer au nouveau rein. Environ 10 à 15 % des personnes qui reçoivent une greffe de rein contractent une infection par le VBK, et plus de la moitié de ces cas entraînent l’échec de la greffe. À ce jour, il n’existe aucun traitement spécifique contre le VBK. La seule option consiste à réduire l’utilisation des médicaments immunosuppresseurs, mais cette pratique augmente le risque de rejet du nouveau rein.
Objectif : Notre projet vise à élaborer une nouvelle stratégie pour neutraliser le VBK en coupant son ADN grâce à la technologie d’édition génomique CRISPR. Nous nous concentrons sur deux points faibles du génome du virus : l’un lui permettant de se reproduire et l’autre agissant comme son principal « interrupteur de commande ». Si l'un ou l’autre est endommagé, le virus est incapable de se réactiver ou de se multiplier. Nous allons comparer différents systèmes CRISPR pour trouver la méthode la plus sûre et la plus efficace pour bloquer le virus sans affecter les cellules humaines.
Méthodologie : Nous procéderons en trois étapes pour mener à bien nos recherches. Tout d’abord, nous évaluerons divers modèles CRISPR sur des cellules rénales cultivées en laboratoire en vue de repérer ceux qui sont les plus efficaces pour prévenir la propagation du virus. Nous mesurerons la quantité de virus restante après le traitement pour déterminer les meilleurs candidats. Ensuite, nous examinerons la sûreté des modèles CRISPR les plus efficaces. Nous veillerons à ce qu’ils ne coupent que l’ADN viral, sans affecter l’ADN humain, et nous évaluerons si le traitement endommage les cellules rénales. Finalement, nous testerons les modèles CRISPR les plus prometteurs sur des échantillons de tissus rénaux humains. Ce système nous permet de « réveiller » artificiellement le virus, comme cela se passe chez les patients ayant subi une greffe, afin de vérifier si nos traitements utilisant la technologie CRISPR réussissent à éliminer le VBK des cellules rénales.
Résultats attendus : Nous prévoyons que notre étude révélera quelques modèles capables de désactiver le VBK de façon sûre et efficace. Ces outils devraient considérablement diminuer la multiplication du virus dans les cellules rénales et empêcher celui-ci de se manifester dans les tissus rénaux humains. Nous nous attendons également à ce que les modèles les plus prometteurs ne causent aucun dommage aux cellules rénales. À la fin de ce projet, nous espérons disposer d’un ensemble de modèles CRISPR ayant fait l’objet de tests rigoureux et parfaitement adaptés à la prochaine étape de développement.
Participation des patients : Comme ce projet se concentre sur des recherches préliminaires réalisées en laboratoire, aucun patient n’y participe directement pour le moment. Aucune décision thérapeutique ni activité destinée aux patients n’est encore envisagée. Toutefois, les échanges avec les spécialistes de la greffe, qui traitent chaque jour des personnes atteintes du VBK, influencent fortement l’orientation du projet. Leurs expériences personnelles et les besoins de leurs patients sont notre boussole pour définir nos objectifs de recherche. À mesure que nos travaux progresseront vers les essais sur des organes entiers, puis sur de véritables patients, nous ferons appel à des patients partenaires pour nous guider dans ces prochaines étapes.
Pertinence pour les patients ou la collectivité : L’infection par le VBK est l’une des complications les plus stressantes et imprévisibles auxquelles font face les greffés rénaux. Les patients doivent souvent subir plusieurs prélèvements sanguins et modifier leur traitement médicamenteux, en plus d’avoir toujours la crainte que leur nouveau rein cesse de fonctionner. C'est précisément pour répondre à cette inquiétude que nous travaillons à mettre au point le premier traitement conçu pour neutraliser ce virus de manière sécuritaire et efficace. Ce traitement pourrait permettre de diminuer la fréquence des suivis, de préserver la greffe, et d’améliorer la santé et la qualité de vie des patients à long terme. Il pourrait même un jour être utilisé pour éliminer le virus des reins des donneurs avant la greffe, ce qui permettrait à plus de personnes de recevoir des organes sains et fonctionnels pour longtemps.
Conclusion : Notre projet permet d’envisager une nouvelle façon de lutter contre l’un des problèmes les plus complexes liés à la greffe de rein. En utilisant la technologie CRISPR pour bloquer directement le virus là où il est le plus vulnérable, nous souhaitons protéger les greffons rénaux et allonger leur durée de vie, améliorant ainsi le bien-être de celles et ceux dont la vie dépend de ces greffes à travers le Canada.