Lakshman Gunaratnam | London Health Sciences Centre Research Inc.
Rôle de l’élimination de l’ectodomaine de la protéine KIM-1 dans l’insuffisance rénale aiguë
Co-candidat(s) : Aaron Haig, Lauryl Nutter
Résumé grand public
Une insuffisance rénale aiguë (IRA) est diagnostiquée quand la fonction rénale ou la production d'urine baisse soudainement. L'IRA touche environ 20 % des patients hospitalisés dans le monde et peut être déclenchée par différents facteurs, comme des infections graves qui réduisent la circulation sanguine vers les reins, une chirurgie cardiovasculaire, certains médicaments comme les antibiotiques ou les agents de chimiothérapie, ou encore un blocage de l'écoulement de l'urine, par exemple à cause d'une hypertrophie de la prostate. De nombreux patients atteints d'IRA finissent par se rétablir complètement, tandis que d'autres développent des lésions chroniques et des cicatrices dans les reins et finissent par avoir besoin de dialyse. Pour l’instant, il n’existe aucun traitement efficace pour guérir l’IRA ou pour empêcher qu’elle devienne chronique. Notre étude vise donc à comprendre les mécanismes moléculaires qui contribuent à l’apparition de lésions chroniques à la suite d’un épisode d’IRA afin de trouver des moyens de prévenir l’insuffisance rénale persistante. Nous avons découvert une molécule, la KIM-1, qui est produite par les cellules rénales pendant un épisode d’IRA, mais qui n'est pas présente dans les reins en santé.
Nos précédents travaux de recherche ont montré que la KIM-1 joue un rôle clé dans la réparation des tissus endommagés après un épisode d’IRA. Cependant, notre équipe a aussi découvert que la présence prolongée de KIM-1, surtout après une atteinte grave, pourrait accidentellement causer des cicatrices dans les reins et mener à une maladie rénale chronique, ce qui va à l’encontre de son rôle habituel de réparation. Ce comportement complexe de la KIM-1, qui varie entre la réparation et la cicatrisation selon la gravité de l'atteinte, montre bien l'importance de savoir exactement dans quelles conditions cette protéine intervient. L'une des caractéristiques intéressantes de la KIM-1 est qu'elle peut être « libérée » (ou rejetée) de la surface des cellules rénales dans l'urine. La cause biologique de cette libération et son influence sur la double nature de la KIM-1 sont encore floues. Selon notre hypothèse, la libération de la KIM-1 serait en fait un mécanisme de défense naturel visant à limiter la cicatrisation après un épisode d'IRA.
Pour vérifier cette théorie, nous prévoyons de mener des recherches poussées à l'aide de souris génétiquement modifiées pour ne pas libérer de KIM-1. En comparant la réponse à l'IRA de ces souris génétiquement modifiées à celle de souris normales, nous espérons déterminer s'il est possible d'empêcher la cicatrisation en bloquant la libération de la KIM-1 dans le rein. Nos travaux devraient permettre de mieux comprendre le rôle de la KIM-1 dans l'IRA et, peut-être, d’élaborer des stratégies thérapeutiques qui favorisent la réparation plutôt que la cicatrisation des tissus rénaux après un grave épisode d'IRA.