David Cherney | Réseau universitaire de santé
Une nouvelle option thérapeutique abordable pour protéger les reins des personnes atteintes de diabète de type 2 : l’acétazolamide
Personnes cocandidates : Adeera Levin, Ayodele Odutayo, Bruce Perkins, James Bowers, Kim Connelly, Leif Erik Lovblom, Luxcia Kugathasan, Massimo Nardone, Patricia Pace, Rowena Tulio, Vikas Srinivasan Sridhar
Résumé grand public
Contexte : Près de la moitié des Canadiens atteints de diabète de type 2 (DT2) souffrent également d’une maladie rénale, une affection qui réduit considérablement leur espérance et leur qualité de vie, tout en imposant une charge importante au système de santé. Il existe actuellement des traitements qui permettent de ralentir la dégradation des reins, mais ceux-ci ne s’attaquent pas à la source profonde de la maladie. Nos recherches portent sur l’une des causes premières de l'atteinte rénale : l’hyperfiltration. Ce trouble survient lorsque les reins fonctionnent au-delà de leurs capacités et filtrent le sang plus rapidement que la normale. Au fil du temps, les unités de filtration délicates des reins sont soumises à une forte pression artérielle, ce qui entraîne une fuite de protéines dans l’urine et une diminution de la fonction rénale. Un ralentissement de l’hyperfiltration est démontré par une diminution temporaire et réversible de la fonction rénale.
Objectif : Dans le cadre de notre projet, nous allons étudier l’efficacité d’un médicament de faible coût appelé acétazolamide pour réduire l’hyperfiltration et protéger les reins. L’acétazolamide modifie la manière dont les reins traitent le sodium, ce qui pourrait perturber l’hyperfiltration. Nous cherchons à comprendre comment ce médicament interagirait avec la dapagliflozine, un médicament déjà utilisé pour traiter le DT2 et reconnu pour protéger les reins. La dapagliflozine agit elle aussi sur le sodium et sur l’hyperfiltration, mais d’une façon différente.
Méthodologie : Nous proposons de mener une étude de 16 semaines auprès de personnes atteintes de DT2 présentant les premiers signes d’une maladie rénale pour examiner les effets de l’acétazolamide, à trois doses différentes, sur l’hyperfiltration lorsqu’il est ajouté à un traitement existant par la dapagliflozine. Au départ, les sujets de l’étude recevront seulement de la dapagliflozine pendant quatre semaines pour établir une base stable. Des doses progressivement croissantes d’acétazolamide seront par la suite ajoutées à leur traitement. Chacune de ces doses sera administrée pendant deux semaines. Après cela, les participants arrêteront de prendre l’acétazolamide pour poursuivre uniquement leur traitement par la dapagliflozine pendant encore deux semaines. Nous voulons savoir comment différentes doses d’acétazolamide ajoutées à la dapagliflozine agissent sur la fonction rénale et l’hyperfiltration. Nous prévoyons recruter un total de 20 patients traités au Toronto General Hospital, au St. Paul’s Hospital ou au Vancouver General Hospital. Tous les participants devront présenter un DT2 et une maladie rénale.
Résultats attendus : Nous sommes convaincus que l’ajout de l’acétazolamide entraînera une réduction de l’hyperfiltration. Cette découverte nous permettra de planifier un essai clinique à plus grande échelle, car elle nous aidera à déterminer la dose optimale d'acétazolamide et à estimer le nombre de participants nécessaires pour observer une amélioration significative de la fonction rénale.
Participation des patients : Nous travaillons en étroite collaboration avec des patients partenaires, qui vivent avec le diabète et la maladie rénale. Dès le lancement de notre projet, ceux-ci ont activement participé à la planification de l'étude en partageant leurs idées sur l’organisation des visites, les outils de communication et l'orientation générale de la recherche. Leurs expériences personnelles nous ont aidés à garantir que notre étude correspond aux besoins et aux préoccupations des personnes concernées. Nos patients partenaires nous aideront à éclaircir et à adapter les conclusions de nos recherches en produisant des vidéos, des illustrations numériques et des documents à distribuer – pour que l'information soit accessible et utile aux autres patients, aux familles et aux différentes communautés.
Pertinence pour les patients ou la collectivité : Les coûts constituent un obstacle majeur à l’accès aux soins. De nombreux médicaments utilisés pour traiter les maladies rénales coûtent des milliers de dollars par an et ne sont pas nécessairement remboursés par les assureurs. Nos patients partenaires ont qualifié cette charge financière d'écrasante et disent simplement vouloir un traitement efficace et abordable. L’acétazolamide n’est plus couvert par un brevet et, si son efficacité en association avec les médicaments actuels se confirme, les patients pourraient bénéficier d’un nouveau traitement plus économique pour protéger leur fonction rénale. Les travaux que nous menons ne se limitent pas à combler une lacune dans le domaine médical; ils visent aussi à remédier à une inégalité sociale. Notre objectif est de favoriser l’accessibilité des soins rénaux pour tous, et pas seulement pour ceux qui peuvent se permettre des médicaments coûteux.
Conclusion : Cette étude sera la première à se pencher sur l’effet de l’association acétazolamide-dapagliflozine chez les personnes atteintes de DT2. Si cette combinaison de médicaments s’avère efficace, elle pourrait représenter une nouvelle option thérapeutique abordable pour éviter l’apparition d’une insuffisance rénale chez ces patients. Un tel traitement contribuerait à préserver la fonction rénale, à limiter le besoin de recourir à des médicaments coûteux et à alléger la pression sur le système de santé. À long terme, notre projet a le potentiel d’améliorer significativement la santé et le bien-être de nombreuses personnes qui vivent avec le diabète et la maladie rénale.