Danielle Nash | London Health Sciences Centre Research Inc.
Les alertes dans les rapports de laboratoire peuvent-elles aider les médecins à diagnostiquer et à traiter plus rapidement une maladie rénale?
Personnes candidates : Amber Molnar, Amit X Garg, Ann Young, Arsh Kumar Jain, Brenden Cote, Craig Lindsay, K Scott Brimble, Lihua Li, Matthew Weir, Merrick Flynn Zwarenstein, Peter Blake
Résumé grand public
Contexte : La maladie rénale chronique peut évoluer discrètement jusqu’à ce que les reins soient sur le point de cesser de fonctionner. À ce moment-là, les patients ont besoin d’une dialyse ou d’une greffe de rein pour survivre. La dialyse est un processus qui permet de purifier le sang, mais qui peut également entraîner des effets secondaires graves et perturber considérablement la qualité de vie. Il est donc crucial de détecter et de traiter rapidement les maladies rénales chroniques afin d’éviter qu’elles évoluent vers l’insuffisance rénale. Pour poser un diagnostic de maladie rénale, les médecins commandent deux examens : une analyse sanguine pour évaluer la fonction rénale et une analyse d’urine pour déceler la présence de protéines, un indicateur de dommages aux reins. Bien que la majorité des patients se font prescrire un test sanguin, seulement environ la moitié des patients dont la fonction rénale est altérée sont soumis à une analyse d’urine. Pourtant, ces deux examens sont indispensables pour établir le diagnostic d’une maladie rénale et en évaluer la gravité. Les médecins généralistes peuvent prendre en charge la plupart des patients atteints de ce type d’affection, mais ceux-ci doivent être orientés vers un néphrologue si leur fonction rénale chute sous 30 % ou si des protéines sont présentes en quantité importante dans leurs urines. Malheureusement, un patient sur quatre ne consulte pas de néphrologue ou ne le fait que moins de 90 jours avant d’entreprendre des séances de dialyse, ce qui est trop tard pour ralentir l’évolution de la maladie.
Objectif : En mai 2024, le gouvernement de l’Ontario a conclu un partenariat avec des laboratoires communautaires, notamment Dynacare et LifeLabs, pour qu’ils ajoutent des messages d’alerte dans leurs rapports. Ces communications sont transmises aux médecins et aux patients lorsqu'une maladie rénale est suspectée ou qu'une orientation vers un spécialiste est recommandée. Par exemple, si la fonction rénale du patient est considérablement réduite, le rapport peut indiquer : « La consultation d’un néphrologue est recommandée. » Dans le cadre de notre étude, nous chercherons à établir si l’ajout de ces messages dans les rapports de laboratoire entraîne : 1) une hausse du nombre de tests de dépistage de protéines urinaires pour détecter une maladie rénale chronique; 2) une augmentation des orientations vers des néphrologues; et 3) une utilisation accrue de médicaments néphroprotecteurs pour prévenir l’insuffisance rénale.
Méthodologie : Nous utiliserons les données de santé recueillies par l’ISCE, un institut de recherche sans but lucratif qui conserve les dossiers médicaux anonymisés de façon sécurisée. Ces données incluent les notes prises lors des consultations médicales, les résultats des analyses réalisées dans les laboratoires communautaires, les comptes rendus d’hospitalisations et de visites aux urgences, ainsi que les renseignements sur les ordonnances. Nous examinerons la fréquence des tests de dépistage des protéines urinaires, des consultations avec un néphrologue et de la prescription de médicaments protecteurs des reins chez les patients avant et après le début de la diffusion des messages par le laboratoire (1er mai 2024). Nous évaluerons également si l’effet, s’il y en a un, varie en fonction de l'âge, du sexe, du lieu de résidence (milieu urbain ou rural), du revenu ou selon que la personne a un médecin de famille ou non.
Résultats attendus : Nous sommes convaincus que les messages transmis par le laboratoire inciteront à une augmentation des tests de dépistage urinaire, des consultations spécialisées et de la prescription de médicaments protecteurs pour les reins. Cela permettra aux médecins de diagnostiquer plus rapidement une maladie rénale et de la traiter plus efficacement. Nous pensons aussi que cette pratique touchera particulièrement les femmes, les personnes âgées, celles qui vivent dans des milieux plutôt ruraux ou à faible revenu, de même que celles qui ont un médecin de famille.
Participation des patients : Les questions et les méthodes de travail de cette étude ont été élaborées en collaboration avec des personnes qui vivent avec la maladie rénale. Celles-ci resteront activement impliquées tout au long du projet, en apportant leur point de vue sur la conception de l’étude, en analysant les résultats et en contribuant à la création de documents d’information pour les patients et le grand public.
Pertinence pour les patients ou la collectivité : Un dépistage précoce des maladies rénales et une prise en charge plus rapide par un néphrologue peuvent ralentir, voire prévenir l'insuffisance rénale et réduire le recours à la dialyse d'urgence. Compte tenu du prix élevé de ce traitement et de ses répercussions significatives sur la vie quotidienne, une prévention efficace sert aussi bien les intérêts du système de santé que ceux des patients.
Conclusion : Notre étude évaluera si les communications transmises par le laboratoire peuvent renforcer la qualité des soins dispensés aux patients atteints d’une maladie rénale chronique. Si cette stratégie s’avère efficace, elle pourrait servir de modèle à d’autres provinces pour améliorer les soins rénaux grâce à des modifications simples et peu coûteuses apportées aux rapports de laboratoire.