Anne Halpin | Conseil des gouverneurs de l’Université de l’Alberta
Améliorer l’équité d’accès à la greffe rénale en levant la barrière du système sanguin ABO
Personnes candidates : Esme Dijke, Sita Gourishankar
Résumé grand public
Contexte : La greffe rénale améliore la santé et la qualité de vie des patients dont les reins ont cessé de fonctionner, tout en leur permettant de se libérer de la dialyse. Cependant, pour maximiser les chances de succès de cette intervention, le receveur et le donneur doivent absolument être compatibles. Cette compatibilité est en grande partie déterminée par le système ABO, qui rassemble les groupes sanguins A, B et O. Ce système se compose des marqueurs A, B, O et AB, des sucres présents à la surface des cellules et des tissus, y compris les reins. La compatibilité ABO s’avère particulièrement problématique pour les patients des groupes O et B. En effet, ceux-ci doivent attendre plus longtemps qu’un donneur compatible soit trouvé, car ces groupes sanguins ont moins de donneurs que les groupes A et AB. Pour étendre la possibilité d’une greffe chez les patients des groupes O et B, on peut envisager des greffes dites « avec incompatibilité ABO ». Il est toutefois impératif de procéder d’abord à des tests en laboratoire pour s'assurer de la sécurité de l’intervention. Les tests actuellement utilisés ont été mis au point en 1901 et posent différents problèmes.
Objectif : Nous avons élaboré une méthode d’analyse novatrice qui permet de mesurer les anticorps ABO et d’évaluer avec précision la compatibilité entre un donneur et un receveur. Nous pouvons jumeler ce nouveau test à d'autres techniques récentes qui utilisent l'ADN afin de confirmer le groupe sanguin du donneur. Notre objectif est d'offrir un accès à la greffe rénale sans distinction pour l'ensemble des groupes du système ABO.
Méthodologie : Nous avons mis au point un procédé original qui permet de mesurer les taux d’anticorps ABO en utilisant des billes de plastique recouvertes de sucres A, B et O. Nous avons démontré que cette méthode fait ressortir un plus grand nombre de paires de donneurs et de receveurs compatibles. Nous allons maintenant utiliser ce nouveau test conjointement avec le test actuel dans le cadre du Programme de don croisé de rein du Canada pour prouver que nous pouvons commencer à mettre ce procédé révolutionnaire au service des patients canadiens en attente d'une greffe rénale. Pour mener à bien ce projet, nous allons collaborer avec un laboratoire clinique et d’autres partenaires partout au Canada. Nous aurons aussi recours à des tests d’ADN novateurs pour déterminer le groupe sanguin des donneurs de la manière la plus précise possible. Nous utilisons aussi une méthode complémentaire pour vérifier la compatibilité ABO : nous mélangeons des globules rouges du donneur avec le sang du patient, puis nous observons la réactivité entre les deux. Cette dernière façon personnalisée d’évaluer la compatibilité permet de renforcer la probabilité que le receveur ne rejette pas le rein du donneur. Tous ces tests peuvent être facilement effectués par le laboratoire d’histocompatibilité, qui réalise déjà des analyses similaires à d’autres fins et qui dispose de tout le matériel nécessaire.
Résultats attendus : Nous avons déjà souligné que l'ancienne façon d’évaluer la compatibilité en vue d’une greffe avec incompatibilité ABO était trop restrictive. Nous pensons que l'utilisation de notre test permettra de repérer plus de patients des groupes sanguins O et B susceptibles de bénéficier d'une greffe en toute sécurité, et ce, dans des délais plus courts. Ce projet arrive au bon moment, car le Registre canadien de transplantation intégrera les greffes avec incompatibilité ABO à notre programme national dès l'an prochain.
Participation des patients : Nous collaborerons étroitement avec des patients et des donneurs inscrits au Programme de recherche en don et transplantation du Canada. Nous disposerons d’un budget pour les dédommager pour le temps qu’ils devront consacrer au projet, ce qui les éloignera de leur famille et de leur travail. Cette collaboration sera essentielle pour analyser les résultats et diffuser efficacement ces nouvelles connaissances auprès des spécialistes du domaine. L’expertise de nos partenaires permettra de faire progresser nos travaux de recherche et d’améliorer l'accessibilité aux greffes avec incompatibilité ABO pour les Canadiens. Il faut savoir que la chercheuse principale de ce projet a elle-même fait don d'un rein, ce qui renforce son engagement à maximiser l’utilisation des reins des donneurs.
Pertinence pour les patients ou la collectivité : L’accès à la greffe devrait être aussi équitable que possible. Cependant, il y a moins de donneurs compatibles pour les patients de groupe sanguin O ou B que pour ceux de groupe A ou AB. Les nouveaux tests conçus pour évaluer la compatibilité ABO pourraient donc accroître l’accès à la greffe pour un plus grand nombre de personnes.
Conclusion : Il est possible d’éliminer les inégalités dans le système ABO grâce aux greffes réalisées chez des sujets incompatibles, mais l’actuelle méthode d’évaluation de la compatibilité ABO restreint l’utilisation de cette option prometteuse. Les laboratoires d’histocompatibilité disposent déjà des outils nécessaires pour appliquer nos nouveaux tests et offrir un accès sûr et optimal à la greffe rénale pour tous les groupes sanguins du système ABO.