Lauréats des bourses de recherche
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Amélie Bernier-Jean | CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal

Type de financement attribué : Subventions de recherche en santé des reins

SAFE-VEG : Les personnes sous dialyse peuvent-elles consommer plus de fruits et de légumes en toute sécurité?

Personnes candidates : Lara Maleyeff, Remi Goupil, Valérie Jomphe

Résumé grand public

Contexte : Les patients sous hémodialyse présentent souvent un taux élevé de potassium dans leur sang (hyperkaliémie). Un excès de potassium peut être dangereux et entraîner des troubles du rythme cardiaque, voire une mort subite. C’est pourquoi on recommande à de nombreuses personnes d’éviter les aliments riches en potassium, en particulier les fruits et les légumes. Les personnes qui reçoivent de la dialyse dans notre centre en consomment moins de deux portions par jour, ce qui est nettement inférieur aux sept portions quotidiennes recommandées pour maintenir une bonne santé. Dans la population générale, une alimentation abondante en fruits et légumes contribue à diminuer les risques de maladies cardiaques et à allonger l’espérance de vie. Les patients qui reçoivent une dialyse sont déjà exposés à un risque important de problèmes cardiaques. Pourtant, on leur recommande d’éviter certains aliments qui pourraient protéger leur cœur. Ces restrictions reposent sur des mesures de précaution et des résultats d’épreuves de laboratoire, et non sur des expériences réelles. Jusqu’à présent, aucune étude contrôlée n’a examiné l’effet d’une consommation accrue de fruits et de légumes sur le taux de potassium sanguin chez cette population. Cette question doit être creusée davantage. Si on détermine que des quantités modérées ne présentent aucun danger, les personnes dialysées pourraient adopter un régime plus équilibré qui favoriserait la santé de leur cœur.

Objectif : Dans le cadre de notre étude SAFE-VEG, nous allons donner à des patients dialysés une quantité quotidienne de potassium comprise entre 15 et 20 mmol provenant de fruits et de légumes, ce qui équivaut à environ six portions supplémentaires par jour. Nous allons ensuite examiner si cela entraîne une augmentation de leur taux de potassium sanguin par rapport à leur régime habituel. Nous nous attendons à observer une légère hausse, ce qui est habituellement sans danger. Nous voulons éviter des augmentations importantes atteignant 0,4 mmol/L, qui pourrait avoir un effet inverse et accroître le risque cardiovasculaire. Nous serons attentifs aux moindres variations, mais nous nous concentrerons à prévenir les fluctuations importantes et nuisibles.

Méthodologie : SAFE-VEG est une étude croisée de type « N-de-1 », ce qui signifie que chaque participant suit deux régimes alimentaires (régime habituel et régime enrichi en fruits et légumes) pendant de courtes périodes successives, et agit comme son propre témoin. Cette méthode permet d’obtenir des résultats précis avec un petit nombre de participants et de réduire au minimum les risques associés à un régime alimentaire spécifique en limitant sa durée. Qui peut y participer? Des adultes qui reçoivent de la dialyse à raison de trois séances par semaine dans un centre, qui ne mangent pas beaucoup de fruits et de légumes et qui n’ont connu aucune hausse de leur taux de potassium sanguin récemment. Comment ça fonctionne? Les participants sont répartis au hasard dans l’une des quatre phases hebdomadaires suivantes :

• Phase avec une quantité accrue de fruits et de légumes : pendant quatre jours, les participants reçoivent quotidiennement un sac contenant six portions de fruits et de légumes (15 à 20 mmol de potassium).

• Phase de contrôle : pendant les quatre jours suivants, on ne leur fournit pas d’aliments; ils suivent leur régime alimentaire habituel.

Chaque phase est suivie d’une période de sevrage de trois jours (sans aliment fourni pour l’étude) pour permettre au taux de potassium de revenir à la normale.

Des contrôles de sécurité consistent à mesurer ce taux lors de chaque séance de dialyse, soit 12 fois par personne. Si la valeur dépasse 6,0 mmol/L une fois, ou 5,6 mmol/L deux fois pendant la même semaine, le patient doit mettre fin à sa participation à l’étude. Il n’est pas possible d’ajuster le taux de potassium dans le liquide de dialyse ni la quantité de chélateurs de potassium en cours d'étude.

Autres paramètres évalués : Nous surveillons également la pression artérielle, le gain de poids entre les séances ainsi que l’apparition d’effets secondaires. Un biostatisticien indépendant examine les données anonymisées à des intervalles précis (après 16, 20, 24, 28 et 32 participants). La découverte de risques évidents ou de preuves de sécurité convaincantes pourrait justifier l’arrêt prématuré de l’étude.

Résultats attendus : Nous ne pensons pas que l’ajout de six portions de fruits et de légumes par jour entraînera une hausse du potassium à des taux préoccupants. Ce test nous fournira des données fiables sur la pertinence d’imposer des restrictions strictes chez les personnes sous dialyse. Si la hausse du taux de potassium est faible, ces patients pourraient enfin profiter sans crainte d’une alimentation variée, contenant plus de fibres et de nutriments. Dans le cas contraire, le test nous fournira la preuve qu’il est nécessaire de maintenir les restrictions en vigueur.

Participation des patients : L’établissement de priorités tenant compte des patients a souvent montré que la nutrition et les restrictions alimentaires constituaient des enjeux majeurs liés à la dialyse. L'étude SAFE-VEG se penche sur cette question en cherchant à savoir s’il est possible d’augmenter modérément la consommation de fruits et de légumes en toute sécurité. Notre patiente partenaire a examiné le protocole établi pour s'assurer que les sacs de fruits et de légumes proposés sont appropriés et pratiques. Pendant toute la durée du projet, elle fournira des commentaires et contribuera à la rédaction des résultats en langage clair.

Pertinence pour les patients ou la collectivité : L’étude SAFE-VEG s’intéresse à une question qui concerne presque tous les patients sous dialyse dans leur vie quotidienne. Depuis des décennies, on recommande à ces patients de limiter leur consommation de fruits et de légumes, souvent au détriment du plaisir de manger et d’une bonne santé à long terme. En évaluant directement cet aspect, l’étude SAFE-VEG pourrait changer la pratique médicale et alléger le fardeau des restrictions alimentaires pour les patients. • Si l’apport supplémentaire s’avère sécuritaire, les personnes sous dialyse pourraient suivre les recommandations du Guide alimentaire canadien, qui préconise la consommation d’au moins sept portions de fruits et de légumes par jour, plutôt que de se limiter aux très faibles quantités suggérées à l’heure actuelle. Un tel changement dans les habitudes permettrait d’améliorer à la fois la qualité et la diversité des aliments consommés, et la qualité de la vie elle-même. • Si l’apport supplémentaire s’avère nuisible : les équipes de soins obtiendront la confirmation que la prudence est justifiée. Elles pourront alors axer leurs efforts sur la recherche de moyens sûrs d’améliorer l’alimentation de leurs patients. D’une façon ou d’une autre, l’étude offrira à chacun les moyens d'agir et fournira des données factuelles pour guider les recommandations.

Conclusion : SAFE-VEG est la première étude contrôlée qui vise à déterminer si les personnes sous dialyse peuvent manger plus de fruits et de légumes en toute sécurité. Grâce à sa méthodologie axée sur le patient et à ses contrôles de sécurité stricts, cette étude fournira des réponses très attendues.