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Semaine Nationale du Don d’Organes et de Tissus du 19 au 25 avril 2026

Région: 
Québec
Date: 
Francine Moreau

Le don croisé de Francine Moreau: une chaîne de solidarité

Francine Moreau ne se décrit pas comme une héroïne. Et pourtant, son geste a transformé au moins une vie, et peut-être plusieurs autres. À l’âge où beaucoup songent à ralentir, cette femme active, curieuse et profondément engagée a posé un acte d’une immense générosité : donner un rein de son vivant, dans le cadre du programme canadien de don croisé.

« Mon principal carburant dans la vie, c’est de me rendre utile », confie-t-elle simplement. Une phrase qui résume bien sa trajectoire et qui éclaire la décision qu’elle a prise presque naturellement.

Une décision nourrie par l’exemple

Francine Moreau a œuvré en communication toute sa vie. Aujourd’hui retraitée, mère de grands enfants et grand-mère, elle continue de s’investir, d’apprendre et de créer des liens. Donner un rein apparaît pour elle comme la suite logique de son parcours.

Deux amies proches avaient déjà fait ce choix avant elle : l’une pour son fils, l’autre pour son mari. Quinze ans plus tard, toutes deux mènent une vie tout à fait normale. « Ça a beaucoup pesé dans ma décision », admet-elle.

Puis un jour, un courriel agit comme déclencheur. Un ami de Francine annonce que sa fille, atteinte d’insuffisance rénale, aura bientôt besoin d’un rein. Faute de quoi, la dialyse deviendra inévitable.

« Tout de suite, j’ai dit : “Moi, je peux.” Et je n’ai jamais remis ça en cause. »

Expliquer le geste, puis aller de l’avant

Au départ, Francine garde le silence. Le processus d’évaluation est long : analyses, examens, rencontres médicales. Elle préfère attendre que les choses deviennent concrètes avant d’en parler à son entourage.

Lorsqu’elle le fait, les réactions sont surtout marquées par la surprise : Pourquoi tu fais ça ? As-tu bien réfléchi ? Elle explique calmement, parle des risques mesurés, de la rigueur du suivi, de sa confiance envers les équipes médicales. Rapidement, les inquiétudes s’apaisent.

« Je leur disais : je suis encore en santé. Aussi bien en profiter. »

Le don croisé multiplie les possibilités

La démarche de Francine s’inscrit dans une réalité encore méconnue : le don de rein croisé. Lorsqu’une incompatibilité existe entre un donneur et la personne qu’il souhaite aider (qu’elle soit médicale ou liée à l’âge comme ce fut le cas de Francine), le programme permet de créer des chaînes de dons entre plusieurs paires de donneurs et de receveurs.

« On peut imaginer un jeu de dominos, explique-t-elle. On ne sait pas à qui on donne, ni de qui on reçoit, mais tout le monde y gagne. »

Mis en place en 2009, ce programme pancanadien, coordonné par la Société canadienne du sang, a déjà permis plus de 1 200 transplantations rénales à travers le pays[1]. Des jumelages complexes, renouvelés plusieurs fois par année, qui exigent une logistique et une expertise qu’elle admire profondément.

Un accompagnement constant

Du premier formulaire envoyé au CHUM jusqu’à la fin de la convalescence, environ 15 mois s’écoulent. Francine passe une batterie complète de tests : prises de sang, imagerie, médecine nucléaire, rencontres avec une infirmière clinicienne, un néphrologue et une travailleuse sociale.

Jamais elle ne doute. « Je me suis fiée à l’équipe du début à la fin. »

La chirurgie se déroule sans aucune complication. Elle quitte l’hôpital deux jours plus tard. La convalescence dure environ un mois. Il y a bien un peu de fatigue, quelques tiraillements, mais aucun effet secondaire majeur… S’en est suivi un retour progressif à toutes ses activités normales.

Aujourd’hui, elle témoigne que vivre avec un seul rein ne change absolument rien à son quotidien : la vie continue !

Un impact concret, des chiffres éloquents

La personne que Francine souhaitait aider et qui a finalement reçu un rein grâce au don croisé se porte aujourd’hui très bien. Sa vitalité retrouvée est frappante : « C’est le jour et la nuit ».

Ce cas spécifique reflète une réalité beaucoup plus large à l’échelle du pays. Plus de 4 000 Canadiennes et Canadiens étaient toujours en attente d’une transplantation en 2024, et environ 72 % d’entre eux attendaient une greffe rénale[2], l’organe le plus demandé.

Dans ce contexte, le don vivant joue un rôle crucial. Les données cliniques sont claires :

« Selon les grandes études cliniques et les données des registres nationaux,
un rein provenant d’un donneur vivant fonctionne en moyenne environ 20 ans,
comparativement à environ 10 à 12 ans lorsqu’il provient d’un donneur décédé.
[3] »

Ces résultats expliquent pourquoi les équipes médicales encouragent le don vivant, lorsqu’il est possible, comme solution durable et efficace.

Une semaine pour s’informer… et agir

Du 19 au 25 avril, nous soulignons la Semaine nationale du don d’organes et de tissus. Un moment privilégié pour rappeler que le don, qu’il soit réalisé de son vivant ou après le décès, constitue un levier de solidarité qui répond à un réel besoin collectif.

Le parcours de Francine Moreau illustre à quel point un engagement individuel peut avoir un impact qui dépasse largement une seule personne. Ces gestes, lorsqu’ils s’additionnent, contribuent directement à sauver des vies, à améliorer la qualité de vie de milliers de personnes et à renforcer un système de santé fondé sur l’entraide et la générosité.

Nous pouvons tous contribuer, voici comment :

1.     Je m’informe sur le don vivant;           

2.     Je m’inscris au registre de consentement pour un don posthume; 

3.     Je parle de mes volontés avec ma famille;

 

Parce qu’une décision prise aujourd’hui peut devenir un véritable héritage de vie.


[1] Société canadienne du sang, Programme de don croisé de rein, données 2009–2026

[2] Institut canadien d’information sur la santé (ICIS / CIHI) 2024–2025

[3] American Journal of Transplantation 2021 - Poggio et al., Long-term kidney transplant graft survival - Making progress when most needed et New England Journal of Medicine (NEJM) 2020, Long-Term Survival after Kidney Transplantation